20es anniversaire des Rencontres du Cinéma Sud-Américain

Du 23 au 31 mars 2018

20 ans, ça se fête !

Le titre « Jallalla ! » donne le ton de nos 20es Rencontres….Ce cri des peuples originaires d’Amérique latine exprime leur optimisme, la force et la volonté de réussir. Cri qui n’a pu être étouffé par plus de 500 ans d’injustices subies. La solidarité avec ces​ peuples est une urgence que nous faisons nôtre dans ces Rencontres.

Il y a ​ 20 ans ​les Rencontres ont été inaugurées par le grand cinéaste bolivien Jorge Sanjinés en personne​, dont plusieurs films​ furent programmés. Il a dit alors son « jallalla ! » aux Rencontres en transmettant toute sa confiance à l’équipe organisatrice. Aujourd’hui, avec émotion, nous lui manifestons notre reconnaissance.

Plus que jamais​ Hernan Harispe est avec nous.  Avec l’audace et l’intelligence qui le caractérisaient, il a pris l’initiative d’​organiser ​ces ​Rencontres ​alors que personne ne connaissait la filmographie latino-américaine à Marseille. ​Une audace qui devient réalité grâce​ à la complicité du ​C​inéma Les Variétés qui inaugurait sa salle avec ​ces​ ​premières Rencontres, ​ et à l’aide des amis qui soutenaient le projet. ​Les soutiens et subventions officiels n’existaient pas encore.

Il y a 20 ans, l’​Amérique latine ét​ait​ ​encore ​sous l’ombre des Dictatures​. Il fallait aider à sa reconstruction démocratique. Nous avons considéré que l’art, en particulier le cinéma qui est un art complet mêlant l’art de la narration, de l’image, de la musique et de l’organisation temporelle, était un vecteur essentiel de cette reconstruction. Les Rencontres ​ont ​reçu le soutien des principaux réalisateurs et intellectuels de ce continent (Fernando Solanas, Jorge Fons​, A.Agresti​,​ C.Diegues,​ Gonzalo Justiniano​, Carlos Oves, ​Luis Sepulveda,Paco Taibo II, tizuka yamasaki​,​ Sabrina Farji, ​et tant d’autres…). D’une manière ou d’une autre ils nous ont crié leur « Jallalla ! »

​Aujourd’hui, ​les films programmés suivent encore cette vocation initiale face aux courants anti-démocratiques en Amérique latine et partout dans le monde. Le film d’ouverture Cabros de mierda, Sinfonia para Ana, ou Otra Historia del mundo, rappellent ce passé dictatorial en faisant appel à l’émotion, ou à l’humour. La Grieta de Jara, derrière le suspense du thriller, laisse entrevoir un arrière fond lié à l’histoire récente argentine. Ley primera s’ancre dans la réalité des peuples Tobas du Nord-Est argentin.   

Les deux documentaires Vuelo nocturno et Los Corroboradores nous font voir des côtés inattendus de l’Amérique latine.  Le chapitre « hommage » avec les documentaires Galpon de Màscaras et Un Asunto de Tierras et Gringos in Mañanaland abordent des sujets historiques, philosophiques, et d’actualité. La fiction Rosarigasinos nous rappelle le génie de Rodrigo Grande. La qualité des courts métrages nous laisse deviner une nouvelle génération de cinéastes très prometteurs.

Cinq films ont un lien direct avec la littérature. La jeunesse est mise en valeur dans presque tous les films, et en particulier dans El Techo, Los Nadie et Sinfonia para Ana. Les enfants jouent le rôle principal de Tesoro de Maria Novaro, nous faisant partager leur amour pour la nature. Charco nous amène au cœur des musiques populaires d’Urug​u​ay et d’Argentine. 

Nous avons la conviction que le cinéma peut d’une certaine manière changer le monde et être un moteur de progrès social, grâce au regard critique qu’il crée sur les sociétés fondées sur la peur et la violence, la domination ou le mensonge. Et pourtant il ne s’agit pas d’un cinéma pamphlétaire, car le fond ne se dégage que par le talent esthétique des artistes, et le fond n’existe que dans la forme, comme dans toute œuvre d’art.

La visée politique du cinéma se manifeste dans tous les festivals, à Berlin, aux États-Unis, comme à Cannes, où les artistes, les actrices et acteurs prenant la place laissée vacante par les intellectuels dans les médias, expriment un désir de justice et un regard critique envers les dérives de notre société.

Nos Rencontres fêtent leurs 20 ans avec un large choix de films et une programmation enrichie, mais aussi avec du théâtre, de la sérigraphie, de la musique… et toujours l’excellent buffet latino-américain. Nous tenterons ainsi avec beauté, poésie, suspense et humour de plonger dans les racines de nos doutes, de nos ignorances, mais aussi de nos sentiments humains et de notre indéfectible besoin de joie de vivre.

VIVE LE CINEMA ! 

Leonor H.